Paroles d’élus : Viviane Fattorelli, maire d’Audun-le-Tiche (2020-2026)

[Interview réalisée avant les élections 2026]

 

D’un côté, il y a la réalité froide des statistiques : 97 300 frontaliers dans le Nord-lorrain, en hausse de 40% depuis 10 ans. Une croissance qui alimente un renouveau démographique après la longue période de baisse démographique, mais ce renouveau ne se fait pas sans heurts.

De l’autre côté, les élus locaux du Nord-lorrain sont en première ligne pour gérer au quotidien les impacts du phénomène frontalier, positifs comme négatifs. L’AGAPE a rencontré Viviane Fattorelli, maire d’Audun-le-Tiche de 2020 à 2026, et recueilli son témoignage sur le quotidien d’une commune frontalière.

Pour réguler cette situation, la commune a ainsi mis en place un système de stationnement résidentiel : chaque foyer bénéficie au maximum de 2 vignettes, la première étant gratuite et la seconde facturée à 90€. La vignette est également payante dans le cas de véhicules de fonction immatriculés à l’étranger. Ce système de vignette a déjà suscité l’intérêt d’autres communes, comme celle de Herserange. Lors de sa mise en place, le système a généré beaucoup de protestation, mais a donné des résultats satisfaisants. La situation est aujourd’hui plus gérable, même si les ressources (recettes liées aux cartes de stationnement et amendes) ne couvrent pas les frais de fonctionnement, notamment un renforcement de la police municipale.

 

D’autre projets sont en discussion :

 

  • La mise en place d’un parking de stationnement de 300 places dans le cadre d’une convention avec la SNCF. L’objectif serait de créer un espace de stationnement pour les travailleurs frontaliers le jour et pour les véhicules professionnels la nuit (non éligibles au stationnement résidentiel). Ce projet doit s’articuler à terme avec le futur CHNS et le raccordement à l’A30. Ce projet est une pièce maîtresse dans la stratégie de mobilité de la commune, qu’elle souhaite voir éligible au co-financement franco-luxembourgeois.

 

  • La mise en place d’un CHNS (anciennement BHNS) sur l’emprise de la voie ferrée entre Esch-sur-Alzette et Audun-le-Tiche combiné à une piste cyclable pour relier les 2 gares.

Une perte des effectifs scolaires

La commune fait partie des territoires avec une expansion démographique forte, mais qui ne se traduit pas dans les effectifs scolaires. Beaucoup d’enfants sont scolarisés au Luxembourg, soit parce que ce sont des familles originaires du Luxembourg, soit pour l’attractivité des Ecoles Européennes. Sur la commune, près de 10% des élèves sont scolarisés dans un pays étranger. Par ailleurs, la commune plaide pour la création d’un collège-lycée transfrontalier, que le Luxembourg est prêt à co-financer, qui donnerait de l’attractivité à la commune : le collège d’Audun-le-Tiche est l’un des plus vétustes du secteur et le lycée de secteur est à Thionville.

Des logements réquisitionnés pour de l'habitat indigne ou secondaire

La commune fait face à une problématique aigüe de marchands de sommeil, qui exploitent sans scrupules des populations allophones, qui ignorent le plus souvent leurs droits. Un box de 9m² peut ainsi se louer entre 600 et 700€. Il en résulte que les situations de logement indigne, de sous-location, de sur-occupation se multiplient, avec des difficultés réelles pour recenser la population. Ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques : en cas d’incendie, les secours ne connaissent pas le nombre exact d’habitants à secourir. La commune d’Audun-le-Tiche compterait ainsi près de 1 000 habitants non-recensés, pour une population « officielle » de 7 360 habitants en 2023.

 

Pour endiguer le phénomène, la commune a mis en place le permis de louer, qui donne des résultats, mais qui restent insuffisants.

 

La problématique du logement est également aggravée par la multiplication des locations saisonnières type AirBnb, qui retire du marché des logements pour une population sédentaire, au profit d’une population mobile, qui loge sur le territoire quelques mois le temps d’une mission au Luxembourg.

 

Enfin, la question de la sédentarisation des gens du voyage, qui relève de la politique de l’habitat, n’est pas traité et la problématique est forte, le Luxembourg étant également une opportunité professionnelle pour ces populations.

Des infrastructures d'eau insuffisantes pour palier la croissance démographique

Pour répondre aux besoins induits par la croissance démographique, il faut doubler la production d’eau potable sur la commune. Ceci implique de redimensionner les réseaux et moderniser la station de pompage qui est vétuste, soit un investissement de 32M€ pour la CC du Pays-Haut Val-d’Alzette, dont 12M€ pour la commune d’Audun-le-Tiche.

Un bassin de vie centré sur Esch-sur-Alzette

Se déplacer vers Longwy ou Thionville est contraignant en transport en commun et le recours à la voiture quasi-obligatoire (20 à 30 minutes de route). Avec 86% de frontaliers, l’hôpital de recours n’est pas Thionville ou Mont-Saint-Martin mais Esch-sur-Alzette. Historiquement, Esch-sur-Alzette a toujours été la centralité de référence pour la population, elle n’a pas de lien particulier avec Longwy et Thionville et Mme Fattorelli plaide pour que la prise en compte de cette spécificité côté français soit renforcée.