IDEA : L’intégration transfrontalière génère-t-elle de la convergence au sein du Grand Luxembourg ?

L’AGAPE analyse pour vous une étude menée par IDEA, disponible dans notre centre de ressources – autres ressources.

Contexte et objectif de l'étude

1. Une absence de convergence économique

2. Une convergence démographique positive qui renforce le modèle "centre-périphérique"

En revanche, sur le plan démographique, l’effet est clairement positif :

  • Les territoires frontaliers voient leur population augmenter plus rapidement (+5%) que dans le reste de la Grande Région (+2%) ;
  • Dans l’ex-Lorraine par exemple, la population augmente de +5% dans les territoires du Grand Luxembourg, alors qu’elle diminue de -1% dans l’ensemble de la région et baisse dans le reste de la Grande Région.

 

En l’absence d’entraînement économique, les territoires frontaliers sont donc engagés, malgré eux, dans un phénomène de spécialisation sur la fonction résidentielle :

  • Le Luxembourg capte la quasi-totalité de la croissance économique ;
  • Les territoires frontaliers, par la croissance démographique, se transforment progressivement en zones résidentielles, marquées par un ratio emploi/population faible

 

Dans le cas de la Lorraine, l’étude identifie les territoires frontaliers lorrains comme la périphérie la plus intégrée du Grand Luxembourg dans le sens où c’est celle qui fournit le plus de frontaliers. L’évolution défavorable du ratio emploi/population suggère bien une spécialisation territoriale divergente par rapport au Luxembourg, particulièrement marquée dans les territoires les plus proches de la frontière.

3. Une coopération pour limiter les conséquences de la polarisation et le principal enjeu

L’étude établit clairement qu’aucune convergence économique n’existe entre le centre de la métropole transfrontalière luxembourgeoise et les territoires frontaliers, mais qu’elle agit comme un accélérateur démographique, générant un effet « protecteur » : les territoires frontaliers connaissent une croissance démographique dans un environnement régional marqué plutôt par des projections démographiques orientées à la baisse.

 

Elle révèle également la spécificité des territoires frontaliers nord-lorrains, qui connaissent un recul de l’emploi, alors qu’il progresse dans les versants belge et allemand. L’étude nuance en notant que dans le reste de la Lorraine, l’évolution de l’emploi est également négative, suggérant un impact également lié à des facteurs structurels propres à la Lorraine, sans les expliciter.

 

La problématique principale soulevée par cette étude n’est finalement pas celle des « gagnants » et « perdants » de la métropolisation, mais davantage celle de « la capacité d’une métropole occupant une position stratégique au sein de l’Union Européenne à anticiper ses propres vulnérabilités et à mettre en œuvre des politiques concertées pour y faire face afin de garantir un développement plus harmonieux. »

 

Les principaux résultats de cette étude montrent que la métropolisation luxembourgeoise a continué à amplifier la spécialisation des territoires : ceux qui concentrent les emplois en concentrent toujours plus et d’autres continuent de se résidentialiser. Si ce constat est partagé avec d’autres métropoles, la présence des frontières ici empêche, pour le moment, l’émergence d’un réel projet concerté entre les territoires composant ce Grand Luxembourg. Le principal enjeu qui se dessine ici semble bien être « l’absence d’une véritable politique de coopération visant à limiter les conséquences de la polarisation ».

Pour conclure

Bien que l’étude attire l’attention sur son caractère exploratoire et qu’elle ne suffit pas, seule, à mesurer pleinement les convergences et divergences socioéconomiques à l’œuvre à l’échelle du Grand Luxembourg, elle montre toutefois l’absence de convergence économique et la spécialisation croissante des territoires frontaliers sur la fonction résidentielle.

 

Sur le versant lorrain, cela se traduit également par une baisse de l’emploi, mais la lier à des facteurs structurels nous semble être un raccourci qui sous-estime l’impact du Luxembourg en matière de déménagement d’entreprises ou de difficultés de recrutements face à la concurrence salariale du Grand-Duché.

 

Les différents constats développés dans cette étude confortent finalement le positionnement des élus du Nord-lorrain, qui expriment cette crainte d’une trop forte spécialisation résidentielle de leurs territoires. Pour y répondre, les territoires élaborent des stratégies (projets de territoire, PLUi, SCoT) qui peuvent paraître ambitieuses au vu des dynamiques locales, mais qui visent in fine un développement plus équilibré avec leur cœur métropolitain.