Les secteurs d’activités dépendants des frontaliers au Luxembourg

Grand-Duché de Luxembourg, un pays dépendant de la main-d'oeuvre frontalière

Avec près de 48% de ses 496 490 emplois salariés occupés par des frontaliers, l’économie luxembourgeoise est largement dépendante de la main-d’œuvre des pays voisins. De plus, cette dépendance progresse puisque, sur la dernière décennie, la part des frontaliers dans l’emploi salarié a gagné 2,1 points.

Cette croissance du nombre de travailleurs frontaliers s’explique notamment au travers de la dynamique exceptionnelle de l’économie luxembourgeoise, qui contraste avec l’évolution de certains territoires voisins et offre des conditions – notamment salariales – nettement plus avantageuses.

L‘administration publique est le secteur le moins dépendant des frontaliers. En 2025, moins de 10% des salariés du secteur sont des travailleurs frontaliers. Bien que ce secteur propose le plus d’emplois au Luxembourg (1er parmi les 22 secteurs en 2025) et affiche une dynamique remarquable (+44,1 % entre 2015 et 2025), peu d’embauches concernent les frontaliers. Cette situation s’explique par des critères d’accès spécifiques comme la nécessité de posséder la nationalité ou la maîtrise du trilinguisme (français, allemande, luxembourgeois) pour certains postes.

À l’inverse, sur la même période, trois secteurs traditionnellement très pourvoyeurs d’emplois frontaliers — le transport et l’entreposage, les activités financières et d’assurance, et surtout les activités spécialisées, scientifiques et techniques — enregistrent une baisse comprise entre 3 et près de 7 points de la part des frontaliers.

Ainsi, en 10 ans, les activités spécialisées, scientifiques et techniques ont embauché 12 000 résidents luxembourgeois supplémentaires, soit près du double de frontaliers embauchés (6 430).

La main-d'œuvre frontalière, pilier et fragilité du modèle économique luxembourgeois

La forte et persistante dépendance de l’économie luxembourgeoise à la main-d’œuvre frontalière constitue à la fois un facteur de dynamisme et un enjeu majeur de soutenabilité du modèle de croissance du Grand-Duché. Si les travailleurs frontaliers ont permis d’accompagner l’expansion rapide de nombreux secteurs clés du Luxembourg, leur poids croissant met en évidence, parmi d’autres défis, les limites du réservoir de main-d’œuvre disponible dans les années à venir. Dans ce contexte, l’AGAPE alerte depuis plusieurs années sur les contraintes structurelles du modèle de croissance actuel, étroitement liées à l’évolution du bassin d’emploi partagé avec les pays voisins.