Analyse du registre de preuve de covoiturage : la pratique en Lorraine nord

Le covoiturage du quotidien : encore un potentiel de développement

Les mobilités du quotidien en France reposent encore très largement sur l’usage individuel de la voiture. Malgré les politiques de report modal engagées ces dernières années, l’autosolisme demeure dominant : on compte près de 7 conducteurs sur 10 qui effectuent leurs trajets seuls, pour un taux d’occupation moyen d’environ 1,4 personne par véhicule [1].

 

Dans ce contexte, le covoiturage de courte distance apparait comme un levier stratégique pour optimiser l’usage de la voiture individuelle, et plus particulièrement pour les trajets domicile-travail. On estime ainsi que 96% des trajets covoiturés le sont de manière informelle, le plus souvent avec l’entourage – collègues, familles, amis, etc. Les 4% restants correspondent aux trajets organisés réalisés via les plateformes de mise en relation [2].

 

À partir des données du registre de preuve de covoiturage (RPC) sur la période 2022–2025 (années complètes), cet article propose d’analyser les dynamiques du covoiturage transfrontalier en Lorraine Nord, ainsi que les leviers d’actions pour renforcer la pratique en milieu transfrontalier.

 

[1/2] https://observatoire.covoiturage.gouv.fr/observatoire/comprendre-covoiturage-quotidien/

Un covoiturage courte-distance structuré par le Luxembourg

Point méthodologique :

 

L’analyse des données doit être interprétée avec précaution, car elle ne reflète pas l’ensemble des pratiques réelles observées sur le territoire. Les données proviennent du registre de preuve de covoiturage (RPC). C’est une donnée de l’Observatoire national du covoiturage quotidien (courte distance) piloté par le ministère des Transports, le CEREMA, l’Ademe et le GART. Les données du RPC sont collectées à partir des opérateurs de covoiturage partenaires (Blablacardaily, Ecov, Karos,..). Seuls les trajets réalisés via une plateforme de mise en relation sont pris en compte. Par conséquent, les pratiques informelles n’y sont pas intégrées. Enfin, les indicateurs sont exprimés en nombre de passagers transportés, ce qui inclut à la fois les conducteurs et leurs passagers.

L’analyse des données du RPC met en évidence une structuration très nette des flux transfrontaliers au départ de la Lorraine nord. Ceux-ci sont très majoritairement orientés vers le Luxembourg, qui concentre l’essentiel des trajets réalisés en covoiturage, loin devant la Belgique et l’Allemagne. Entre 2022 et 2025, on comptabilise ainsi :

  • 129 603 personnes ayant eu recours au court-voiturage vers le Luxembourg ;
  • 17 246 personnes ayant eu recours au court-voiturage vers l’Allemagne ;
  • 348 personnes ayant eu recours au court-voiturage vers la Belgique.

Source : RPC 2022 à 2025

Source : RPC 2022 à 2025

 

Au contraire, à mesure que l’on s’éloigne de la frontière, l’intensité des flux diminue progressivement, révélant un effet de distance marqué. Les territoires plus périphériques apparaissent ainsi moins intégrés à ces dynamiques de covoiturage transfrontalier, ce qui souligne le rôle structurant de la proximité géographique dans l’adoption de cette pratique

Des leviers d'actions pour renforcer le covoiturage transfrontalier

Au regard des dynamiques observées, plusieurs leviers peuvent être mobilisés afin de renforcer le développement du covoiturage transfrontalier en Lorraine nord :

  • En premier lieu, l’intégration du covoiturage dans les grands projets de mobilité constitue un enjeu central. Les projets du SERM Lorraine-Luxembourg (Services express régionaux métropolitains) ou du SMOT (Schéma stratégique de mobilité transfrontalière) offrent un cadre pertinent pour structurer une offre multimodale, dans laquelle le covoiturage viendrait en complément des transports collectifs. A titre d’exemple, dans le cadre du projet de l’A31 bis, la mise en place d’une voie réservée aux transports en commun, et potentiellement au covoiturage, est envisagée. Au Luxembourg, depuis mars 2025, l’A3 est passée à trois voies, dont celle de gauche n’est accessible qu’aux véhicules transportant au moins deux occupants. Un autre projet de  voie de covoiturage est à l’étude, sur l’A6 en direction de la Belgique ;
  • Les incitations financières apparaissent également comme un levier efficace. Les dispositifs mis en place à l’échelle nationale ou locale ont démontré leur capacité à impulser des changements de comportement, même si leur effet peut être temporaires. Par exemple, plusieurs territoires du nord lorrain (AGL, CCPHVA, CCCE, CCB3F, CCAM) se sont engagés au côtés de plateformes telles que BlaBlaCar Daily afin de faciliter la mise en relation des usagers et de structurer l’offre de covoiturage. Leur pérennisation ou leur adaptation aux spécificités transfrontalières pourrait renforcer leur impact ;
  • Enfin, la poursuite des aménagements dédiés (aires de covoiturage, P+R, signalétique) ainsi que les actions de communication et de sensibilisation, apparaissent indispensables pour accroître la visibilité et l’accessibilité de cette pratique.

En définitive, le covoiturage transfrontalier constitue un levier opérationnel pertinent pour répondre aux enjeux de mobilité dans le nord lorrain. En complément des transports collectifs, il participe à la réduction de la congestion et des émissions, tout en s’inscrivant dans une logique de transition écologique et de coopération territoriale renforcée.