Grand Luxembourg : une métropole transfrontalière à la dynamique démographique soutenue

Le développement intense du fait frontalier s’est matérialisé, outre la hausse du flux de travailleurs frontaliers vers le Luxembourg, par un redressement démographique spectaculaire du Nord-lorrain : en 20 ans, nos territoires sont devenus l’un des poumons démographiques d’une région Grand Est plutôt atone. Si cette situation peut être qualifiée de particulière depuis la France « de l’intérieur », elle l’est en fait beaucoup moins si on replace le Nord-lorrain dans le vaste espace métropolitain dans lequel il s’inscrit.

Une démographique parmi les plus dynamiques d'Europe

Source : INSEE, STATEC, STATBEL, instituts statistiques de Rhénanie-Palatinat et Sarre, calculs AGAPE

Des trajectoires contrastées selon les composantes territoriales

Source : INSEE, STATEC, STATBEL, instituts statistiques de Rhénanie-Palatinat et Sarre, calculs AGAPE

Un ralentissement de la croissance sur le versant luxembourgeois

Le versant luxembourgeois du Grand Luxembourg affiche la croissance la plus dynamique : +2,1% par an sur la période 2012-2023, soit +136 000 habitants, et représente à lui seul 63% de la croissance de l’ensemble du Grand Luxembourg. Le pays connaît par ailleurs la plus forte croissance démographique de tous les pays de l’Union Européenne. Cette croissance repose sur un solde migratoire puissant (87% de l’accroissement démographique du pays), conséquence du développement économique rapide du pays à laquelle la seule dynamique naturelle ne peut répondre.

 

C’est notamment grâce à cette forte attraction migratoire que la capitale luxembourgeoise est depuis 2019 la ville la plus peuplée du Grand Luxembourg, avec 133 000 habitants, dépassant Metz.

 

Mais à l’intérieur de la période 2012-2023, la croissance luxembourgeoise ralentit légèrement, le rythme annuel étant passé de +2,4% par an (2012-2017) à 1,9% par an (2017-2023).

Une stabilisation sur les versants belge et allemand

Sur les versants belge et allemand du Grand Luxembourg, la tendance est plutôt à une stabilisation de la croissance, autour de +0,7% par an depuis 10 ans, malgré une légère intensification sur le versant belge sur la période récente (2017-2023).

 

Alors que le versant belge connaît une croissance généralisée, la situation est plus contrastée sur le versant allemand, notamment sur le Kreis Eifel-Bitburg-Prüm, au Nord de Trèves, où la dynamique démographique apparaît moins homogène.

Une nette accélération sur le versant français

Source : INSEE, RP2012, 2017 et populations légales 2023, calculs AGAPE

Et sur les territoires transfrontaliers ?

Source : INSEE, STATEC, calculs AGAPE

Pour conclure

Le renouveau démographique que connaît le Nord-lorrain ne doit donc pas être vu comme un phénomène isolé en Grand Est, il s’inscrit au contraire dans un phénomène classique de métropolisation, avec la particularité que le centre de la métropole se trouve au-delà d’une frontière, à l’image de Genève et du Genevois Français ou de Saint-Louis avec Bâle.

 

Cette croissance démographique n’est pas sans conséquence sur les territoires : elle contribue à la hausse des prix immobiliers, qui devient intenable pour les ménages non-frontaliers et les flux résidentiels croissants qu’on observe depuis le Luxembourg amènent de nouvelles populations, avec des enjeux d’intégration spécifiques (scolarisation d’élèves allophones, respect des règles d’urbanisme, etc.). Ces flux alimentent également le phénomène des frontaliers atypiques (un actif résidant au Luxembourg devient frontalier en passant la frontière), qui complexifie la lecture du fait frontalier : un frontalier supplémentaire n’est pas forcément synonyme d’un emploi supplémentaire au Luxembourg ou d’un chômeur en moins sur nos territoires.